Authorship:
Alain Ducass, Ingénieur polytechnicien, mineur devenu démineur, Catalyseur de changement, Président d’Al-Amiable
Les différents types de médiation
Quand on parle de médiation en Europe, on pense en général à la « médiation facilitatrice » où le médiateur adopte une posture basse sur le contenu, dans la mesure où il n’intervient pas sur le fonds, et une posture haute sur le processus en invitant les médiants à suivre la fameuse « roue de Fiutak » illustrée ci-après.

Il existe d’autres formes de médiations pratiquées dans le monde, laissant plus ou moins d’autonomie aux parties, avec une posture plus ou moins directive du médiateur, comme le montre le schéma ci-dessous inspiré de l’université de Sherbrooke ou le BIT des Nations Unies :

Reste à savoir quelle est la forme de médiation la mieux adaptée à un contexte donné. Selon moi, chacune d’entre elle a ses mérites, et je préconise une médiation agile (1) qui sait utiliser toutes les formes de médiation en fonction de la situation qu’elle rencontre, avec une préférence pour :
• la médiation-arbitrage dans des cultures africaines marquées par la palabre,
• la médiation conciliatrice est préférable pour les conflits d’objet de faible importance,
• la médiation évaluative dans les conflits d’affaires complexes ;
• la médiation facilitatrice dans les conflits d’identité classiques ;
• la médiation transformatrice dans les conflits d’identité à forte composante émotionnelle ;
• la médiation modélisatrice quand le médiateur n’est pas mandaté pour agir.
Les métiers de l’amiable
De même que la médiation facilitatrice occupe une place centrale dans les styles de médiation, il me semble que la médiation occupe aussi une place centrale parmi les modes amiables de régulation des conflits.
Cela dit, il existe bien d’autres professionnels des modes amiables qui s’efforcent de réguler pacifiquement les conflits plutôt que par la force. Voici quelques-uns de ces métiers avec leur domaine de compétence privilégié :
1. Les thérapeutes pour réguler les conflits internes à la personne, notamment en cas de traumatisme ;
2. Les coachs et les éducateurs pour accompagner une personne en situation de conflit qui désire non seulement en sortir mais aussi apprendre à en sortir seul quand une autre situation de conflit se présentera ;
3. Les facilitateurs pour prévenir les conflits, et éventuellement les traiter, dans des espaces communautaires où les motifs de conflits sont nombreux et nécessitent la présence d’un professionnel disponible sur demande. Tel est le cas notamment des habitants participatifs, des écovillages, des quartiers, voire des associations et de certaines entreprises ;
4. Les conciliateurs qui travaillent en France de façon bénévole pour les conflits de faible importance ;
5. Les médiateurs quand il s’agit de rétablir une relation et de nettoyer les conflits sous-jacents à un litige ;
6. Les associations de défense des victimes dès lors que les rapports de force entre les parties sont déséquilibrés et que la partie faible a besoin d’aide ;
7. Les avocats dès lors que le conflit comporte des enjeux financiers importants.
Les obstacles au développement de la médiation
Même si la médiation se développent un peu partout dans le monde, on peut déplorer la lenteur de ce développement.
Parmi d’autres, citons ici trois causes à cette lenteur.
La culture : La principale différence entre une médiation et un jugement réside en ce que les parties décident elles-mêmes de leur sort, contrairement à l’arbitrage et aux procédures judiciaires où elles remettent leur sort dans les mains d’une tierce partie. La médiation implique donc que les parties acceptent une part de responsabilité dans le conflit qui les oppose à un adversaire, en prenant le risque de découvrir qu’elles n’ont pas tout-à-fait raison et que l’autre n’a pas tout-à-fait tort. Un premier obstacle à la médiation réside donc dans la culture ambiante qui ne va pas toujours dans le sens de la responsabilisation.
Le système judicaire : Un autre obstacle de taille est le sentiment d’impunité qui habite parfois les puissants qui se permettent de violer les droits des plus faibles, en s’appuyant sur les lois du marché régies par la finance et par l’argent, ou sur le fonctionnement de la justice où un bon avocat saura trouver toutes les astuces de procédure et toutes les failles de l’adversaire pour faire triompher son client quel que soit l’état du droit. Une des raisons à cette impunité provient de l’engorgement de la justice qui ne permet pas aux juges de consacrer le temps nécessaire à l’examen approfondi de chaque cas, pour trancher dans un délai raisonnable.
Le modèle économique : D’après le ministère de la justice français, moins de 10 % des médiateurs vivent de leur métier. Une des raisons à cela tient au faible nombre de médiations payantes par rapport au nombre de médiateurs. L’autre raison est l’existence de médiateurs bénévoles (ex les conciliateurs de justice) et de médiateurs salariés qui entrent en concurrence directe avec les médiateurs qui exercent en tant que professions libérales. Certes il est parfois possible aux personnes en conflit de demander une aide juridictionnelle pour recourir à un médiateur mais ce cas est exceptionnel. Une troisième raison qui limite le nombre de médiation est leur coût, certes modeste (une médiation judicaire est en général rémunérée 1500 €), mais rédhibitoire pour beaucoup.
Le projet Al-Amiable
Outre les trois obstacles cités précédemment, en voici un quatrième qui gêne à mon avis le recours aux modes amiables pour les personnes en conflit, à savoir la dispersion des métiers de l’amiable.
| Imaginez que vous vous trouviez en situation de conflit et que vous dépassiez votre sentiment de honte en acceptant le principe de vous faire aider. Si vous ne connaissez pas les modes amiables, vous risquez d’hésiter entre les différentes catégories de professionnels évoquées précédemment, dont chaque représentant vous dira avec certitude « la solution à votre conflit est chez moi » alors qu’il ignore ou feint d’ignorer les autres métiers de l’amiable. |
Pour toutes ces raisons, une équipe de professionnels de l’amiable ont décidé de créer l’association Al-Amiable, autour des valeurs suivantes :
A : Adoption des modes amiables en opposition aux modes violents ;
L : Liberté face aux situations de conflit, vues comme facteurs de changement ;
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A : Accueil de chaque professionnel de l’amiable et de chaque personne en conflit
M : Mobilisation en faveur de la justice et de la paix (ODD 16) ;
I : Intégrité dans la gestion du fonds de solidarité ;
A : Ambition de pacifier nos propres conflits, avant ceux des autres ;
B : Bienveillance envers les « bons » et les « méchants », car nous sommes des deux côtés ;
L : Loyauté envers nous-même et envers les autres ;
E : Engagement au service des personnes, des communautés et de la nature.
Dès sa création, l’association propose dix services aux professionnels de l’amiable, aux personnes en conflit et aux tiers désireux de construire la paix en eux et autour d’eux.

Signalons en particulier le fonds de solidarité des modes amiables alimenté en amont par des mécènes et en aval par des bénéficiaires du fonds de solidarité qui souhaitent redonner à la société une partie de ce qu’elles ont gagné grâce à l’intervention d’un professionnel bénévole.
| Signalons également la cartographie des professionnels accessible par le site https://conflit.gogocarto.fr qui nécessitera une validation par la société civile des compétences autoproclamées par els professionnels. Il s’agit là d’un des projets de recherche collaborative citoyenne que nous appelons de nos vœux. |
